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Pour un souvenir comme ça, avant que le train ne parte

Il est revenu récemment à ma mémoire un moment de mes premières années d’études.
Une certaine teinte de lumière dans une cage d’escalier à moins que ce ne fut le son étouffé par un vieille moquette murale, me rappela cet amphithéâtre de première année ou j’ai passé deux ans. C’était une époque déjà lointaine ou les fantaisies capillaires étaient rares. On voyait des cheveux longs, parfois sales, des cheveux courts parfois propres, mais jamais de véritable excentricité. N’était pas arrivé ce temps ou on cherche à orner de manière variée les extrémités pensantes de nos contemporains grâce à des mèches décolorées ou recolorées, des rasages étranges et des nattes diverses entre autre traitement capillicole. Ce n’est pas que je regrette l’exubérance pilositaire moderne, j’y suis somme toute plutôt indifférent, mais je remarque qu’au début de mes études l’originalité de la coiffure était rare. Sur les sept cent et quelques étudiants qui occupaient les étroits fauteuils de l’amphithéâtre en débordant même dans les escaliers pour prendre leur cours recroquevillés sur les marches, seuls deux se faisaient remarquer par un soin particulier de leurs cheveux.

Il y avait d’abord un grand gars aux favoris taillés ras et rasés en une bande diagonale de peau nue, brutale, qui donnait à cet étudiant un air farouche et hautain amplifié par des cheveux noirs ramenés en arrière pour accuser le long front d’un dolichocéphale bon teint. Il trônait dans le haut de l’amphi avec les fortes têtes, sans se mélanger. C’est dire que le simple fait d’avoir des cheveux sortant de l’ordinaire conférait une aura de personnalité hors pair.

L’autre étudiant qui se faisait remarquer par sa coiffure était une étudiante.

C’était une jeune femme à la chevelure très bouclée, taillée en carré long et surtout décolorée en blonde. Vous me direz que la coloration en blonde est rarement considérée comme un signe d’une personnalité très originale. Chez cette jeune femme il y avait une particularité qui donnait à sa blondeur artificielle un aspect étrange pour l’époque, elle était mulâtre. Il y avait une discordance entre la pigmentation de sa peau et celle de ses cheveux qui lui donnait un air irréel accentué par le port de sa tête, régulier et discrètement penché vers l’avant comme certaines statuettes féminines égyptiennes. Autant dire qu’elle m’intimidait. Elle prenait le plus souvent place en bas de l’amphi, avec les bons élèves. Ce n’était pas mon coin. Je crois bien que nous avons dû passer deux ans sans même que nos regards se croisent. En faisant un petit effort de mémoire, je me souviens que, sans en avoir l’air j’ai évité deux ans de croiser son parcours, même si je n’en suis pas très sûr. Par contre je suis certain que nous ne nous sommes jamais parlé.

Jusqu’au jour ou la dernière journée de la dernière année du concours d'entrée arriva. Ce jour était le dernier avant les vacances, il ne restait plus comme vie étudiante que ceux qui allaient partir, ou ceux qui devaient rester, lorsque nous nous sommes croisés au restaurant universitaire. Elle portait un gros sac, je me suis proposé pour l’aider et chacun de nous a profité de l’occasion pour entamer la conversation. Tout se passa très vite mais simplement. Au bout de quelques minutes nous discutions comme si les deux années précédentes s’étaient écoulées dans l’intimité. Ni l’un ni l’autre ne paraissait reprocher la distance ni la froideur passées et il semblait naturel que nous eussions des souvenirs communs qui surgissaient d’ailleurs sans effort aucun.

Il y avait comme une bulle de tranquillité.

Puis je l’ai accompagnée jusqu’au train, en portant son sac. Nous nous sommes dit adieu sans même évoquer le regret aigu que nos regards attachés avouaient : elle m’avait dit quelques heures auparavant qu’elle quittait définitivement la ville, son dossier universitaire ayant été transféré et elle poursuivrait ses études dans une cité plus ensoleillée. Le train nous a éloignés l’un de l’autre en générant la nostalgie d’une histoire qui n’a pas eu lieu mais qui aurait pu exister. Il est doux que ce sentiment triste ne soit qu’un souvenir, alors que l’image du train, qui emportait mes regrets, se soit faite si vivace.

Le pech'marmots

La mode est aux reprises d’airs ou de chansons mais surtout, et grand bien nous fasse, d'échantillons sonores, qualifiés du doux vocable de sample. La chose importe peu ce qui semble important c’est d’allier avec un certain bon sens de bon aloi, ma foi, la nostalgie avec un appétit violent et évident pour un argent facilement gagné, en recyclant de vieilles choses remises au goût du jour. Il est vrai que payer un « droit d'auteur » à l'auteur, mais c'est d'un commun !
Néanmoins, en hommage au grand Boris, Vian de son état, nous nous sommes permis l’emploi de l’air de sa « Complainte du progrès » en chanson ménagère sous le titre « Le Pêch'marmots » pour glorifier nos enfants et soyons-en râââvis, au nom de la Pêche, de la Mare et du Mot, ainsi soit il. Nous ferons ainsi, à la fois une bonne action à notre égard, et par conséquent remercions nous, et une commémoration ce qui fait toujours bien, et du bien d'ailleurs.
Cette année, 2016, aura été l’année ou si nous en retirons 13, nombre premier, nous arriverons à 2003 nombre premier aussi, mais qui fut de plus une année particulière. Alors, le quotient de l’anniversaire de la naissance de Boris, Vian de son état, (1920 soit 20 pour être plus pratique) par celui de la date de sa mort rapportée à cette date (2003-1959 soit 44), ce quotient a l'insigne privilège de faire cette suite parfaite, 1,818181818181... qui est une suite infinie. Évoquer l’infini avec Boris, Vian de son état, je crois que là, ça ne l’aurait pas fait chier.
Nous avons tenté de respecter le caractère joueur et primesautier de l’original en substituant aux instruments de cuisine improbables de petits sévices domestiques, sévices toujours utiles pour réveiller les enfants qui traînent au lit. Il sera de bon ton en l’écoutant, et pourquoi pas en l’interprétant, d’agrémenter cette jolie chanson d’une chorégraphie élégante pour illustrer chacune des inventions de ces nouveaux papas coquins.

LE PÊCH'MARMOTS

Autrefois pour se distraire
Les papas coquins,
Ne savaient pas trop quoi faire
Avec leurs poussins.
Maint’nant on invent’des choses
Pour s'amuser,
Et voir l’après-midi en rose
Avec leurs bébés.

(récitatif ) Oh ! Pupuce, refaisons le :

(Refrain)

Quand on a de la marmaille
Tout l’mercredi,
Qui court qui saute et qui piaille
Et pis qui crie,
On les attrape à tour de rôle
Et on leur fait
Ces choz’s qu’ils trouvent si drôles
Et puis on les r’fait.

(récitatif ) Oh ! Pupuce, refaisons le :

(Refrain)

Refrain :

Le pêch’marmots
Le tournique boudine,
Le pince-nez
Et le tire-cheveux,

Le touche-pieds
Et le tire-mimine,
Le gratte-dos
Et la main sur les yeux.

Le pince-fesses,
Et le prouteur de bouche,
Le mange-oreilles,
Et le chatouille-sous l’bras,
Et le chatouill-sous-l'bras.

Le pêch’marmots,
Le tournique boudine,
Le pince-nez,
Et le tire-cheveux,

Le touche-pieds
Et le tire-mimine,
Le gratte-dos
Et la main sur les yeux.

Le pince-fesses,
Et le prouteur de bouche,
Le croque-joues,
Et le chatouille-sous l’bras.
Et le chatouille-sous l’bras.

Le pêch’marmots,
Le tournique boudine,
Le pince-nez,
Et- le-bisou-daaaans-l’cou !

Schyndilèse voméro-sphénoïdale

Ouh ! que c'est beau, ce qu'on apprend maintenant en fac de médecine et ça dès la première année ! Je ne parle pas de la réforme de la liste des os, il faut bien qu'on parle tous la même langue après tout les anatomistes chinois les kinésithérapeutes russes comme les ostéopathes brésiliens parlent tous d'ulna et de fibula, et pas de radius et de cubitus.
Mais qu'est-ce que c'est qu'une gomphose sinon une articulation fibreuse c'est à dire une articulation dont les os sont reliés par du tissu fibreux. Localisées dans la bouche, on parlera donc de gomphose dentaire et on peut à bon droit se demander quoi faire quand on a une gomphosite, et est-ce que ça fait mal ?
Une schyndilèse est une articulation fibreuse aussi, dont les surfaces osseuses en présence ont la forme, l'une d'une crête et l'autre d'une rainure la crête s'encastrant dans la rainure, et on dira par exemple qu'on a une schyndilèse voméro-sphénoïdale au niveau du crâne osseux. Au fait, que fait, au fait, une inflammation d'une schyndilèse voméro-sphénoïdale ? Est-ce une schyndilèsose voméro-sphénoïdale ou, mieux, une schyndilose voméro-sphénoïdale ? Et ça fait mal ?

Alphabet Graphique

« Cré bon dieu » aurait juré sans fin, à la fin de sa vie un Charles Baudelaire muré dans son aphasie. D 'ailleurs la référence exacte étant introuvable si vous l'avez quelque-part, faites le moi connaître. La toute première description d'un Accident Vasculaire Cérébral est récente, ce fut Alexandre Dumas qui la fit dans « Le Comte de Monte-Cristo ». Monsieur Noirtier de Villefort, est en fait plus un Locked In Syndrom c'est à dire la forme la plus sévère d'accident vasculaire cérébral, qu'une aphasie. Le syndrome d'enfermement, ou locked-in syndrom, désigne une paralysie quasi complète de l'organisme, malgré une conscience et des facultés cognitives intactes. L'individu est comme enfermé dans son corps. Il ne peut pas manifester ses émotions, ni parler, ni bouger. Seuls les paupières et les yeux restent partiellement mobiles. Les sens sont intacts, et notamment le toucher et la sensation de douleur persistent. Mais il peut bouger les paupières et il connaît ses lettres, d'ailleurs Noirtier se sert de cette capacité pour faire capoter le mariage de sa petite fille, alors qu'il est enfermé dans son corps. Il est fermé-dedans. L'aphasie c'est au fond du fond pareil, sauf que la clé a été jetée et qu'on ne sait même pas ou elle se trouve alors autant chercher la clef là ou c'est éclairé.
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J'ai acquis une aphasie.
Tu as acquis une aphasie.
Il a acquis une aphasie.
Nous avons acquis une aphasie.
Vous avez acquis une aphasie.
Ils ont acquis une aphasie.
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J'ai acquis une aphasie ce qui fait que de bavard impénitent que j'étais je suis devenu très sensible aux mots. J'ai un goût immodéré pour l'expression la plus exacte possible. J'ai acquis une aphasie, et j'ai acquis depuis cette époque une incapacité, toute relative d'ailleurs, à mettre les noms à la bonne place. Toute relative d'ailleurs car si je le voulais, je pourrais très bien dire « anticonstitutionnellement » sans me tromper, et même l'écrire mais lentement et sans me tromper. Et si je suis devenu aussi sensible aux mots, je suis même sensible à leur sens et à la façon dont on les fait glisser d'un sens à l'autre. Il est même des sens interdits et des mots qui les prennent dès que le pandore regarde ailleurs. Vraie ou pas vrai ? Si tellement vraie qu'on s'en voudrait presqu'un peu, juste un tout petit peu, de pas se mettre en rang dans la cour alors que dans le fond je n'avais pas grand chose à voir avec tout ça. Je n'ai même pas un tablier ou un uniforme d'écolier pour me distinguer du pékin. De celui qui voudrait t'aider, mais qui n'est pas à sa place. Pas à sa place de mère. Pas à sa place de père. Pas à sa place de conjoint. Pas à sa place d'enfant.
Pas à sa place d'enfant !
Tu n'es pas à ta place, mon enfant.
Et pourtant ce sera tellement émouvant de voir en ouvrant l'armoire de toilette un rasoir électrique, et que de savoir qu'il est pour toi mon fils je retiens parfois mes larmes. Car non seulement j'ai acquis une aphasie tout-ce-qu'elle est gentille et mignonne mais j'ai acquis aussi un syndrome frontal.
Frontal je suis et frontal je m'assume.
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« Je suis frontal
Voilà ma gloire
Mon espérance et mon soutien. »
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Synonymes. Mais l'alphabet est une structure de trait et de points codifiés. Retournes cet écran si ton ordinateur est portable. Qu'y vois tu ? Tu n'y vois que des lignes de symboles mis bout à bout. Et ces lignes de symboles ne te disent trop rien. Prends cet écran et retournes le à nouveau. Les signes redeviennent des symboles. Les symboles redeviennent des signes.
Alors analyses un peu les signes comme des signes et non comme des graphèmes, prends une feuille et dessine.
Prends par exemple le signe « égale », soit « = ». Fais tourner la feuille sur laquelle tu as tracé tes deux traits, il perd tout son sens. Tu avais un sens donné par l'horizontalité et l'égalité des branches, « égale ». Et tu as maintenant un ensemble de deux traits parallèles qui vont en s'inclinant, passant d'un « // » ascendant à un « || » un pilier, pour ensuite passer à un « \\ » en descendant et redevient « = » pour recommencer un nouveau cycle. L'occident est apparu semble-t-il par l'alphabétisation. Au début, chez les phéniciens, il n'y avait que des consonnes, et c'est en se faisant grecs que ces symboles virent des voyelles. Alphabet. Le A juif, « א » , aleph, est symétrique par rapport à un point central alors que le B, « ב  » , beth, est comme gravide en attente d'accoucher sur une table ou dans un lit. En arabe A, « ا  », se dessine comme un homme regardant dans le sens de la lecture vers la gauche et B « ب  » comme une vache. Imagines un petit peu qu'on leur fasse subir la même opération qu'avec le signe « = ».
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A
Il y a longtemps bien longtemps, quelqu'une ou quelqu'un, peut-être s'agissait il d'un enfant, peut être d'un vieillard, et bien cette femme, à moins que ce ne fut un homme, a tracé :
Un trait incliné.
Puis un autre venant le croiser en haut.
Puis un troisième trait.
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« A »
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Tout simplement A.
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Un A tout simple, en apparence qu'est-ce que A peut-il bien vouloir dire ? Des traces d'une humanité tous les continents en sont les témoins. A ne se veut-il que symbole décoratif ?
Ou bien ?
B est plus évolué, deux courbes fermées par une barre.
Mais chez l'ensemble des alphabets issus du grec tu as une correspondance des graphèmes A et B, graphèmes qui font « al » « pha » et « bè » « ta », qui, réunis, font « al-pha-béta » : Al-pha-bet. L'alphabet. A, ce symbole mâle avec le gland symbolisé d'un trait à moins que ce ne soit une femelle avec son entrejambes très riche et très sexué, se trouve au devant de tout une suite de signes cabalistiques et incompréhensibles pour un Japonais, un Amérindien ou un Chinois. Et si l'on retourne A ça fait « Ɐ » en plus. D'ailleurs qu'est-ce-que signifie « Ɐ ». Ça signifie « quel-que-soit » en mathématiques. Il existe « il-existe », et « quel-que-soit ». En fait « Ɐ » et « Ǝ » symboles mathématiques par excellence, mais qu'est-ce-que « Ɐ » sinon un triangle pubien dont le poil est manifestement symbolisé, et pas rasé du tout. Et encore, les positions « A » couchée vers la gauche ou la droite, entre autres postures, ne font que donner une situation allongée des plus évocatrice, et même offerte. « A », barrez d'un trait unique deux traits et vous avez une vulve, avec le clitoris en haut.
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Passes un peu à la minuscule. Le graphème « α » est un poisson et ce, malgré toutes les rotations qu'on peut vouloir y faire. Alpha minuscule n'est qu'un symbole de poisson. Note un peu que la représentation du Christ du tout début de la chrétienté n'est en fait qu'une image de poisson. Après vient le crucifix mais crucifix fait double potence.
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Quand au B, il procrée.
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Procréation, il est enceinte.
Il est enceinte et, dans l'alphabet grec comme en majuscules pour les alphabets latins et cyrilliques, la tête est fière et dressée, et le ventre rebondi. D'ailleurs la lettre « b » est gravide, même tapée sur un clavier d'ordinateur ou de machine à écrire.
Mais quand j'écris à la main, « b » est femme, belle est femme, et belle est femme avec bébé dans le creux d'un bras. Mais quand je l'écris à la main comme le « f », d'ailleurs le « f » est l'initiale de féminin dans les langues latines, il commence en bas, il monte et s'arrondit doucement pour redescendre tout droit. Il dit « coucou » au point de départ pour remonter, et pour remonter il dit « coucou » de nouveau. Et puis il fait une boucle comme une tête de bébé avant d'envoler le trait vers la droite. La boucle du haut fait une femme, penchée vers la droite et la tête de l'enfant qui joue avec sa main. En fait il tête son pouce, comme Horus Harpocrate sur les genoux d'Isis.
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Mer, mater, mère. La langue française semblable à d'autres langues latines fait le rapprochement. Mère mare. La langue italienne, la plus proche du latin, aussi. Seule la langue française saute le pas.
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Mutter see.
Matre mar.
Mater mar.
Mother sea.
Mère mer.
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La mère voit le doigt de son enfant se téter, mais dans aucune autre langue, que je sache, la mère est la mer et la mer est la mère.
Mère, mer.
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La lettre « f » est une femme joliment drapée dans sa robe, avec la boucle de sa ceinture.
Quand à associer deux lettres prends par exemple « l » et « m » et en plus elles se suivent dans l'alphabet, prononces les : « L, M ». « Elle Aime ».
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Il faut arriver, pour avoir le pouvoir d'analyser correctement quelque-chose, à cerner cette chose. Je la prends dans ma main pour la pétrir comme une question, mais surtout je prends un linge suffisamment mouillé pour cerner la totalité du problème tout en ne faisant pas disparaître cette interrogation. Car il existe toujours un sentiment de religiosité dans le cœur de tout homme, remémore toi l’excommunication pas si lointaine que ça des comédiens, et le plaisir que tu prends devant un prestidigitateur d'aussi longtemps que tu puisse te souvenir.
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Rêve, je rêve en voyant Ulysse attaché au mât de son navire dans le XIIème chant de l'Odyssée. Analyse Analusan ana-lyse ana-lyser, dé-lier délier, lier relier re-lier, mais relier la religion ou suivre la beauté du chant des sirènes dont seul lui, Ulysse, a été le contemplateur d'une beauté sonore et musicale ? Mahomet, Bouddha, Amaterasu, Zeus, Jésus, Popocapetl et d'autres et d'autres, il faut analyser tout ça comme autant de structures mythiques. Il faut considérer Moïse, Abraham et Noé comme des structures mythologiques. On sait depuis Freud qu'il existe deux Moïse, et Gérald Messadié, entre autres, en rajoute une couche. Je ne suis pas suffisamment calé en Coran pour extraire de la figure de Mahomet ce qui relève du mythe, je laisse cela aux chercheurs voire aux athées d'origine musulmane, d'aller explorer au plus près des textes. Mais je revendique d'autant plus d'avoir le droit d'analyser le versant chrétien du mythe.
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Moïse.
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Aaron et Moïse. Aaron et Moïse, Aaron et Moshe plutôt, ou si on veut être correct Moshe et Aaron étaient les sages que l'on sait. Moshe avait ramené parmi les hommes des tables gravées, les tables de la loi : « Je suis Yahvé ton Dieu, qui t'ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison de servitude. […] Tu ne tueras pas. [...] Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain. [...] rien de ce qui est à ton prochain », le Décalogue. Mais Moshe avait l'élocution difficile. Aaron, après le passage assez intéressant du veau d'or, servit d'interprète à la Loi ... de Moshe. Moshe était-il bègue ? Non, Moshe était aphasique ! À Moshe il est dit, et Il est Dieu car Yahvé : « N'y a-t-il pas Aaron ton frère, le lévite ? Je sais qu'il parle bien, lui ; le voici qui vient à ta rencontre et à ta vue il se réjouira en son cœur. Tu lui parleras et tu mettras les paroles dans sa bouche. Moi, je serais avec ta bouche et avec sa bouche, et je vous indiquerai ce que vous devrez faire. » et plus loin dans le texte « Moïse dit en présence de Yahvé : « Je n'ai pas la parole facile, comment Pharaon m'écouterait-il? » Yahvé dit à Moïse : « Vois, j'ai fait de toi un dieu pour Pharaon, et Aaron, ton frère, sera ton prophète. » Moshe était le premier aphasique, en fait, d'une mémoire d'une humanité mythique, et Aaron peut être considéré comme saint protecteur des Orthophonistes.

Histoire d'un précurseur

Bonjour.
Voici un texte, rédigé par votre serviteur en réponse au cadeau fait par Monsieur Pierre Boeswillwald, et écrit, après moult et moult recherches. Pierre était, à l'époque, Professeur au Conservatoire de Région d'Amiens professeur de la classe d'électroacoustique. Ce cadeau fut fait en remerciement du décor de théâtre avec animation, fait pour un spectacle sur Blaise Cendrars, donné à l'«Institut de Recherche et de Coordination Acoustique/Musique» ( IRCAM ) à Paris, en juin1988. Ce texte fut écrit plus tard, bien plus tard, et fut posté (gloire à La Poste) illico autant que presto. Au décours de l'hospitalisation de Pierre il me paraissait normal de rétablir la filiation du nom de Boeswillwald.
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Histoire d’un précurseur
(Ou l’expérience oubliée)
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On peut aller jusqu’à prétendre que l’ « Histoire », le « Progrès » passent selon les époques d’un lieu à un autre, pour voir, comme des inflorescences humaines, des points culminants dans le continuum de l’humanité. La Grèce des siècles classiques, le Haut Pendjab des royaumes marchands ou la France des Lumières en sont des exemples parmi les plus connus. De cette France des Lumières qui se termina par le bain de sang de la Révolution, on se souvient toujours de l’Encyclopédie et de ces exquis auteurs libertins. Cependant, malgré sa réalisation tardive par la faute du contexte politique, l’expérience du 21 Août 1796 s’inscrit dans cette époque. On ne peut que regretter qu’elle n’aie jamais eu le retentissement qu’elle aurait mérité. Et pourtant !
La carrière d’Hugues Antoine Jabaud, Euphrosyme-Roger-Isidore Sempère, Vicomte de Bozzi, Chevalier de Villewald, souffrit énormément de son émigration. Sa famille, alliance d’une ancienne noblesse d’épée corse avec une vieille famille de négociants anoblie par une charge au tribunal de Nancy vers 1750, lui avait laissé suffisamment de biens pour lui permettre de mener à terme l'idéal encyclopédique et artistique qui était le sien. Surtout connu comme l’auteur d’un « Mémoire faict à sa Maiesté très-chrestienne sur l’harmonie des demi-cylindres » qui fut lu à Versailles à son dédicataire le 15 Juillet 1790, il avait été disciple de José Custodio de Faria. Celui-ci, plus connu sous le nom d’abbé Faria avait été le continuateur de l’œuvre de Mesmer, après que les travaux de celui-ci eussent été découragés. Le Chevalier de Bozzi Villewald, c’était sous ce nom qu’il édita son œuvre, rencontra Benjamin Franklin en 1784. Cette rencontre devait modifier sa vie, et sceller son destin. Reniant une partie des théories fumeuses de son précédent mentor, il se lança dans des expérimentations diverses sur les courants galvaniques.
Parallèlement à ces disciplines scientifiques, son intérêt pour les arts qu’il avait hérité de la cousine aînée par alliance d’une tante de sa mère lui permit de tenter ce qui ne s’était jamais fait auparavant : une tentative de synthèse rationnelle entre la science de son époque et les arts. Doué d’un talent certain de graphiste et de musicien il s’adonnait avec plaisir au théâtre. Son décor de l’oratorio champêtre « O que mon cœur se pâme en ces délicieux séjours» inspiré au Révérend Abbé Delestienne par le Platée de Rameau, fut un modèle en son temps, à la fois d’audace et de trouvaille technique. Le public remarqua plus particulièrement ces éléments mobiles qu’il construisit à partir de roues de carrosses et de brouettes. Mais l’essentiel de son temps passait en la lecture d’écrits théoriques et la mise sur pied d’un édifice cohérent alliant ce qu’il avait assimilé de J.S . Bach et ce que lui avait appris B. Franklin.
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Malheureusement survint la Révolution. Ami de la fraction éclairée des Fermiers Généraux, et partisan d’une monarchie constitutionnelle, il ne dut son salut qu’à une fuite précipitée, début 1793. Pris dans une tourmente de violence à son corps défendant, il dut alors quitter son château, lieu privilégié ou il réalisait ses expériences. Reprendre à zéro tous ses travaux lui fut pénible, difficile, terrible même. Il avait dû abandonner nombre document précieux, maint instrument rare, et une foule d’éléments qui lui firent cruellement défaut le jour de ce qui aurait pu être son triomphe. Mais il sut vaincre tous ces obstacles, sachant depuis l’exécution de son ami Lavoisier que tout retour serait impossible.
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Le 21 Août au soir la vieille cité de Gmebesburg vécut dans la fébrilité des grands évènements culturels, ce qui n’était pas un petit exploit en ces périodes troublées ou l’histoire avec un grand "H" prenait le pas sur toute autre préoccupation. Tout ce que le monde savant comptait de sommités était là. On prétend même que certains scientifiques français n’hésitèrent pas à franchir les lignes de front entre les troupes françaises et autrichiennes pour être de l’événement.
L’installation de toutes ces célébrités ne se fit pas sans questions, tant l’instrument qui devait inaugurer cette nouvelle ère était étrange pour l’époque. D’énormes boules métalliques devaient servir de condensateurs. Un écheveau raffiné de fils et de cerfs-volants était destiné à capter l’énergie. Un jeu de grosses manettes de céramique était commandé par un clavier de bois protégé de la pluie par un auvent conique. Cet auvent se prolongeait par une gamme de pavillons de tailles différentes destinés à émettre les sons. Le public fut installé à une distance respectable de l’instrument, peu rassuré par les multiples brûlures des mains et du visage de l’assistant du Chevalier qui les plaçait. Cet ancien domestique de la maison, homme remarquable, avait été d’une grande aide tout le long de la maturation de l’expérience. Ce jour là qui devait consacrer leur gloire commune, il ne se gênait pas pour distiller des confidences sur les précédentes réussites.
Le Chevalier avait tenu pendant deux ans le compte des statistiques d’orages et l’avait comparé avec les relations des autorités locales pour choisir le jour de l’expérience. Le 21 Août semblait la meilleure date. Le calcul était bon, le soir même, un orage s’annonça par un grondement caché sous un horizon noir. Au-dessus des montagnes des éclairs lointains faisaient briller le bas des nuages. L’assistance, fébrile et mise en condition par l’aide du Chevalier, attendait l’éclair qui devait lui révéler les plaisirs de « la Nouvelle Musique ».
Enfin, l'orage fut là, et la foudre frappa. Le tout premier éclair fut capté par les cerfs-volants. Cet éclair fut terrible, le coup de tonnerre, comme un bruit de déchirure atroce, stupéfia l’assemblée. Mais l’expérience fut une réussite artistique totale. Une fois le tonnerre oublié, l’énergie accumulée parvint à traverser l’instrument dont Hugues de Bozzi Villewald tenait les commandes au moment exact ou celui-ci le choisit. Il y eut ce que les témoins de l’époque décrivirent comme « une immense vague sonore ». Le public, pourtant préparé à recevoir un choc, fut renversé des sièges qui avaient été disposés pour le confort de l’assistance.
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Hélas, quand l’auguste assemblée se releva, le Chevalier avait disparu, ainsi que la quasi totalité du matériel par lui disposé. Le courant électrique libéré, trop puissant, avait fait fondre l’ensemble collecteur de boules et de fils, ainsi que ce clavier révolutionnaire qui avait tant impressionné. Seuls restaient les pavillons émetteurs de son, qui d’ailleurs se perdirent dans la tempête qui suivit. De traces du génial inventeur il n’y avait point. Seul, hébété, son aide survivait à peine sur un emplacement calciné, là où quelques minutes plus tôt se dressait le piédestal de son triomphe à venir. Son maître avait disparu, laissant pour unique relique, cette boucle de chaussure brûlée qui fut transmise au cours des siècles dans sa famille par alliance.
Malgré la disparition de son auteur cette expérience eut, entre autres, deux conséquences.
La première mit longtemps à se faire sentir. Cet événement à la fois sonore et électrique est en fait le premier exemple de musique électro-acoustique, révolutionnant souterrainement le paysage musical européen, et faisant de la France le berceau de cette discipline. La seconde conséquence notable fut qu’un invité, un certain Ludwig van B. fut impressionné par ce bruit dont on prétend qu’il le reprit dans une symphonie, mais aussi que, très sensible des oreilles, il souffrit de certaines fréquences au point d’en devenir sourd….
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Extrait de:
«Cette Révolution inconnue.»

De Joseph Machin, Lauréat du Grand prix de l'académie de Forbach, écrit à partir de sa thèse d'histoire sur:
«Ma vie, mon œuvre; A seule fin de servir à l'édification des jeunes filles et au salut de leur âme, et de lutter contre les crimes de la république» de Bernadette Luchon de Saint Fiacre, diaconnesse du cloître de Saint Barnabé, édité en MCCMXLVI aux PRESSES DU SAINT SACREMENT DU SACRE CŒUR DE JESUS NOTRE SAUVEUR
et recopié par les soins de Jean-François Grégoire le 15-10-2015.

Texte de démortritude

Nous mettrons des textes divers avec ou sans longueurs de façon à meubler gentiment tout ce qui veut bien traîner.
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N’oublions pas qu’il est nécessaire de chercher pour trouver mais pas l’inverse, le simple fait de trouver sans chercher enlève tout sens à l’existence.
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Alors si ce que vous vous faites ça vous embête encore, recommencez, puis recommencez jusqu’à ce que l’ennui disparaisse.

Thakula, Thakule à moins qu'il ne s'agisse de Sakula

Il est une chose qui m'interpelle. Pardon, il est un sujet qui m'a toujours interrogé. Je ne voudrais pas que vous me reprochiez de parler de moi, mais vous comprendrez tout de suite où je veux en venir quand vous lirez cet événement, disons … personnel. Cet événement est un moment plutôt structurant, à savoir : j'ai fait un AVC. Mon AVC, les gens qui me connaissent le savent, a surgi le samedi 30 juillet 2005, à 13 heures. Et d'ailleurs, dans les conséquences immédiates, j'ai fait une hémiplégie et je suis tombé par terre, et pour couronner le tout, je suis tombé aphasique. Hi ! Hi ! Hi ! Je suis tombé aphasique, comme c'est amusant, çà ! Et comme c'est drôle ! Vous avez eu un trou devant vous, un trou nommé Aphasie et vous êtes tombé dedans, et la tête la première en plus et au fond du puits que vous y-étiez, mais seul ! Tout seul ! Et j'avais beau parler comme vous et toi, rien n'y faisait, Toi z'et vous me regardaient, et Toi z'et vous me répondaient pas pour une raison toute simple, Toi-z'et-vous ne me comprenaient pas. Pas du tout du tout, mais moi heureusement, j'ai plutôt bien retrouvé le langage en sortant de mon trou, avec ma pelle et mon seau. J'ai eu de la chance, j'ai particulièrement bien récupéré, et de mon hémiplégie, et de mon aphasie, je vous remercie d'autant de sollicitude. Ce n'est pas comme d'autres hémiplégiques ni d'autres aphasiques, vous savez. Mais, dites moi, savez vous vraiment ce qu'est l'aphasie ? L'aphasie est la perte du langage et si j'ai plutôt bien récupéré de la perte du langage, il m'est resté une sensibilité particulière au MOT. Çà peut paraître bête mais j'ai maintenant une relation quasi-sentimentale avec les MOTS. Un petit peu comme une sensation fugace de plaisir presque charnel, parfois un petit peu comme un petit peu. Mais pouvez vous savoir ce que signifie comprendre et faire comprendre le mot « glace », et le mot « framboise », et jusqu'à l'association « glace à la framboise » ? Mais qu'est-ce qu'un mot dans le fond ? Au départ il s'agit d'un ensemble de sons émis par une bouche et entendu par une oreille. Et puis le temps s'en vient, le temps passe, le temps passe toujours, c'est comme çà les choses sont ainsi faites et le mot s'en va faire des petits, des petits mots qui deviennent grands ou gros. À moins qu'un événement ne survienne et qu'il ne meure. À moins que sa langue n'échappe à la catégorie « langue maternelle » et qu'alors il ne se couche au fond d'un dictionnaire de « langue morte ». Mais il reste toujours « quelque chose », quelque chose qui se trouve dans l'étymologie.
J'ai lu « Le hasard et la nécessité » avec ennui. Pour moi Sartre était un écrivain, un bon écrivain même, et surtout de théâtre, pas un philosophe. Je sais bien … mais c'est comme çà ! Même si un intellectuel peut tout-à-fait changer son fusil d'épaule et prendre parti pour des « Boat People » alors que dix ans auparavant il faisait campagne pour le camp d'en face, les communistes Vietnamiens... Mais dans son ouvrage « Les mots », les MOTS prennent maintenant tout leurs sens : « […] j'entrepris d'arides voyages à travers Fontenelle, Aristophane, Rabelais : les phrases me résistaient à la manière des choses ; il fallait les observer, en faire le tour, feindre de m'éloigner et revenir brusquement sur elles pour les surprendre hors de leur garde : la plupart du temps, elles gardaient leur secret. », il ne sait rien d'aussi exact pour les mots lus, alors que pour moi c'est la même chose pour les mots entendus. La préhension du mot devient une chose visuelle, en tout cas c'est pour moi une bonne approximation. Vous comprendrez ainsi que je ne peux qu'écrire, mais pas vite, en corrigeant et corrigeant, comme tout-un-chacun en fait, mais moins vite. Beaucoup moins vite.
Il n'y-a pas de mot en Français qui veuille dire « mon enfant est mort ». Nous avons tous dans nos proches des gens qui sont dans ce cas. Mais on n'a pas de mot en Français pour dire « mère qui a perdu un enfant », « père qui a perdu un enfant », « parent qui a perdu un enfant ». Dans aucune autre langue européenne d'ailleurs il-n'y-a de MOT pour qualifier cette chose inhumaine qu'est la perte d'un enfant. Par contre, l'inverse est possible. Orphelin et orpheline se mettent à deux pour miauler de désespoir, ou ronronner sur l'accoudoir du fauteuil pour demander une caresse. La perte d'un époux c'est pareil, le veuf ou la veuve s'en allant de même, cahin et caha. En orient, pour les Chinois c'est identique, et pourtant on est, paraît-il, beaucoup plus précis et détaillé sur les filiations, mais muet pour la perte d'une fille ou d'un fils. Au Japon, c'est le même cas de figure. Au Congo, Brazzaville ou Zaïre, le Lingala aussi ignore ce mot qui exprimerait « parent qui a perdu un enfant » pour traduire ce drame, tout comme le Sango et le Fong d'ailleurs. Le Berbère et le Libanais sont aussi ignorants de ce mot. Je ne connais pas de locuteur d'une langue du Nouveau-Monde ni d'Australie mais c'est un signe de quelque-chose, cette absence. Peut être y-a-t-il quelque part comme un je ne sais quoi de sacré ou tout au moins la notion taboue de ce cataclysme n'est-elle que récente. Au Japon, le samouraï était lié avec son fils aîné, si celui-ci venait à mourir il se voyait remplacé par son fils puîné et on retrouve d'ailleurs ce schéma chez les familles princières de toute la terre.
Et çà date depuis longtemps, bien plus longtemps que le plus ancien de tes ancêtres soit enterré. Depuis Neandertal déjà, l'homme de la Chapelle au Saints a été enterré avec honneur, tu n'as qu'à juger pour çà de l'apparente déliquescence du défunt édenté, ainsi que des offrandes mises dans sa tombe. Rien à voir avec la noyade de Lucy, ou la chute de Little Foot qui sont le témoin de morts accidentelles. Il me semble que les mots pour dire que Neandertal soit veuf ou orphelin devaient exister, et Madame Néandertal a très bien pu être veuve.
Pourtant des enfants morts il-y-a du y-en avoir, par maladie ou par mort violente, sans parler de la guerre qui fauche des générations d'enfants plus jeunes que leurs parents. On meurt tous un jour c'est une des lois du monde, alors pourquoi faut-il enterrer sa progéniture en laissant derrière nous un espoir abandonné ? Dès le paléolithique on retrouve dans des tombes le corps d'enfants inhumés parfois de façon somptuaire et la chimpanzée porte son enfant mort pendant des jours et des jours. Alors pourquoi n'y-a-t-il pas de mot pour dire « j'ai perdu un enfant » ! Est-ce que la perte d'un enfant soit au fond une chose si régulière pour que la nécessité de créer un mot n'ai pas paru aussi indispensable que la création du mot « roue » « récipient » ou « constitutif » ?
Je ne sais pas dans quelle langue existe ce MOT, mot sacré dont mon père ignora jusqu'à sa mort qu'il aurait pu être un  « père qui a perdu un enfant », mon demi-frère, mon frère quoi ! qui était mort avant son père, oh, pas de beaucoup mais, avant. Et mon père ne l'a jamais su. Il n'a jamais su qu'il était un … … …
Ah ! Si ! Mais en arabe, et chez les Indiens, existe ce mot. Chez les indiens dans le Livre de Manou entre autres livres, existe « mṛtaprajā » qui sgnifie  « femme qui a perdu un enfant ». En arabe classique au moins, ce mot existe vraiment. Prenons la racine ثكل  [thkl], qui veut dire, paraît-il mais je ne parle pas l'arabe « perdre un enfant ». Et Albin de Biberstein Kazimirski, au XIXème siècle, le premier traducteur français du Coran, note qu'on a plusieurs dérivés adjectivaux qui veulent dire « celui ou celle qui a perdu un enfant » : le masculin ثكلان  [thaklān] et les féminins ثكلى  [thaklā] et ثاكلة  [thākila], le « th » se prononçant comme le « th » anglais de « thing ». On a même un emprunt en Iran, par le persan pour le féminin sous la forme [sakūl]. Comment çà qu'on n'a que faire de MOTS Arabes ou Persans ? Et méchoui, alcool, camelot, amiral et algèbre ou échec et mat, alors, çà vient du Peul ou du Chinois ? Et nénuphar, jupe, lilas et artichaut, carafe, almanach ou divan çà vient du Japonais ou de l'Atché ?
Lorsque j'ai appris la mort de mon cousin, j'ai eu devant les yeux un éclair. Ah ? Oui ! Je ne vous ai pas dit que j'ai eu pendant ce glorieux AVC, transitoirement, une atteinte du champ visuel qui a été la seule chose que les médecins m'ont rendu ! C’était une « Hémi-an-opsie latérale homonyme ». Une hémianopsie latérale homonyme droite par exemple est une atteinte de l'hémichamp temporal de l'œil droit et de l'hémichamp nasal de l'œil gauche, ce qui rend le champ visuel aveugle à droite. Mais il m'est resté une sensibilité visuelle particulière par instant, une « hémiopsésie » ‒ le néologisme est plaisant – éblouissante, et même aveuglante lorsque survient la nuit.
Donc lorsque j'ai appris la mort de mon cousin, j'ai eu devant les yeux un éclair. C'était d'un accident de moto qu'il était mort, pas d'un infarctus. D'ailleurs il en avait déjà fait un. C'était dans un accident de moto, pas d'un AVC, çà c'est moi qui en ai fait un. C'était dans un accident de moto, il n'avait pas été victime d'un meurtre. Mais quel est le mot adéquat pour qualifier sa mère ou son père ?
J'aurais du avoir cet éclair alors que j'ai appris la mort par maladie d'une adolescente, mais à l'époque c'était avant mon AVC, j'étais un Docteur en médecine, pas docteur en invalidité et je n'étais pas aussi sensible à tout ce qui m'entourait. Mais quel pouvait être le mot adéquat pour qualifier sa mère folle ou son père fou de douleur ?
J'ai eu cet éblouissement lorsque Étienne Saur est mort, lui aussi probablement du même accident que moi. J'ai eu cet éclair alors que le fils de la nourrice de mes enfants, vous savez bien, le maréchal ferrant du coin, voyons ! a été la victime d'un AVC. Mais eux n'ont pas survécu. Et quel est le mot adéquat pour qualifier leur mère ou leur père ?
Et cet éclair fulgurant comme tonnerre lorsque j'ai vu à la télévision une femme, voilée, venant parler pour désarmer les jeunes ou moins jeunes qui veulent ou qui voudraient partir faire la « guerre sainte ». Elle, a perdu son fils sous les balles d'un tueur. Mais quel est le mot adéquat pour la désigner ?
Alors comment dire, en français ou toute autre langue, ce mot : « celle ou celui qui a perdu un enfant » ?
Comment appellera-t-on ces femmes, comment appellera-t-on ces hommes qui auront vu mourir leurs enfants. On peut très bien mourir dans la fleur de l’âge, sans s'attendre, sans s'entendre. S'entendre tomber mort, comme çà, un point c'est tout c'est terminé, sans même un regard pour cette flèche du parthe qui s'en va, en volant comme tache brune, ou alors, dans un lit où tu peux attendre une fin de tout.
Alors, comment dire en français ce MOT, « celui ou celle qui a perdu un enfant », ce mot, finalement à l'étymologie arabe ou persane, qui sait ? Une « sakoulane » et un « sakoulan » me paraissent bien, à moins que vous ne trouviez autre MOT.

Nous autres, les chauves.

A ceux qui s’étonnent de voir ma tête le plus souvent rasée je réponds volontiers que mes attributs capillaires m’ont toujours laissé indifférent. Au risque de déplaire à une profession dont je côtoie pourtant régulièrement des membres souvent respectables, je dirais que j’ai perdu mes cheveux sans regrets. J’ai grandi dans le sens aigu d’appartenir à une minorité car à la fois myope et gaucher j’ai eu aussi très longtemps ce physique inélégant de premier de la classe que les bons élèves s’octroient.

L’apparition d’une difformité supplémentaire ne m’a donc pas gêné. La myopie m’avait interdit les sports collectifs que je ne pouvais pratiquer sans voir le ballon, ma gaucherie m’a relégué à l’extrémité gauche des rangs d’école et les jeunes filles n’ont jamais été très friandes de ce grand benêt qui portait son carnet scolaire sur son visage, c’est dire si j’ai eu une adolescence malheureuse. C’est dire aussi comme j’ai vécu avec soulagement la chute de ces premiers cheveux ingrats et incoiffables. Je me suis ainsi très vite retrouvé dans la cohorte des chauves.

Ici je dois cependant reconnaître que je ne suis pas tout à fait chauve. Vous autres, les chevelus, n’arrivez pas bien à comprendre la différence entre un chauve authentique à la peau de fesse crânienne luisante, et le simple déplumé qui ramène tragiquement ses vestiges pour masquer vainement ce qu’il prend pour l’outrage des ans. Pour un européen mal dégrossi un noir est un noir, un jaune un jaune, on les confond tous, ils se ressemblent, n’est-ce pas ? Pour un chevelu, un chauve est un chauve, un point c’est tout.

Alors que….

Alors qu’il y a toute une graduation délicate entre le beau chauve brillant du haut et le couronné de la coiffe, entre le tonsuré et celui qui soigne ses golfes clairs et temporaux.

Alors que la calvitie naît, se développe puis arrive à maturité.

Alors qu’il me reste sur le haut du crâne un petit duvet clairsemé.

Donc il me reste des cheveux.

Donc je ne suis pas tout à fait chauve.

Et je le regrette.

...

En dehors de l’envie d’appartenir pleinement à une catégorie qui m’est encore fermée, à l’instar de ce nouveau bachelier qui n’ose pas encore se déclarer étudiant, il y a un certain nombre de petits inconvénients à n’avoir PAS perdu tous ses cheveux. Alors autant supprimer ce qui reste, pourquoi garder de l’inutile ?

Donc il faut se raser la tête. En attendant d’arriver par des voies physiologiques à ressembler à Yul, imitons le en enlevant le superflu, le disgracieux, le cheveu mal venu. Nous en rêvions étant enfants, de cette tête luisante du roi d’Anna. Les hormones vont le faire. Mais en attendant qu’elles terminent leur tâche alopéciante, aidons les avec la tondeuse.

Il me semble avoir parlé de l’inconvénient de n’être pas tout à fait chauve. Le chevelu de base que vous êtes, non content de traiter le déplumé avec commisération, n’arrive pas à imaginer les petits tracas que peut causer la persistance des poils résiduels. Au-dessous de ce duvet ridicule, le crâne luit déjà, attendant avec gourmandise sa promotion au rang de peau de fesse. Lui, ce cuir naguère chevelu, sait bien ou vont nos appartenances. Chauves nous deviendrons, chauves nous nous sentons déjà, mon cuir chevelu et moi.

Cette brillance attire le regard, mais pas seulement. Il faut savoir que la mouche, petite bête importune, est attirée par cette surface lisse et luisante. Et s’y pose. Enfin veut s’y poser puisque, une fois arrivée à quelques millimètres de sa cible les cheveux résiduels, à peine visibles mais bien là, font un piège ou l’insecte se prend. Que la mouche s’emmêle les pattes ou les ailes importe peu !

Ce qui compte, c’est que la vibration du vol de la mouche se communique aux cheveux.

Et ça chatouille.

Alors je rase.

Au revoir Monsieur Oliver Sacks.

Bonjour.
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Connaissez vous France-Inter ? Et le samedi matin entre 11 heures et midi est-ce que vous avez déjà écouté Monsieur Jean-Claude Ameisen ? Aujourd'hui il nous a annoncé la disparition d'Oliver Sacks, Médecin, écrivain à la curiosité immense.
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Il a raconté, en particulier, le pouvoir de la musique … chez les aphasiques.
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Au revoir Monsieur Oliver Sacks.

Coquelourde ou Gibelotte

Excusez moi, je suis impardonnable mais cela fait maintenant des années qu'il n'y-a pas de feuilles écrites sur mon BLOG. Insouciant que j'étais et puis, en plus, même pas un petit dessin comme çà en passant. Je mériterais des claques.
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Je suis rentré d'un voyage à Lyon comme çà en passant pour voir, entre autres choses, une cousine, un cousin, ma famille. Une partie de ma famille lyonnaise je veux dire, la partie paternelle voyant couler la Seine, pas la Saône.
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Je me suis réveillé assez tard, l'éloignement n'aidant pas à entretenir des relations autres que téléphoniques ou internet vous comprendrez ce que je veux dire quand je vous rappellerais que j'habite à proximité de Beauvais, c'est pour avouer que, la nuit précédente, je me suis couché tard. La conversation se faisait autour de nous, traînaillant de ma bouche aux oreilles de ma cousine, ou de la bouche de ma cousine vers mes oreilles. Le sujet de l'instant était une plante, plante adventive et pas mauvaise herbe, à la floraison intéressante qui allait du blanc au rose, mais qui tirait plutôt vers le mauve que sur le cuisse de nymphe émue et il était impossible de mettre un nom sur cette plante, moi qui ne m'en rappelais pas, ma cousine qui ne le connaissait pas. Ma cousine, dans son infinie bonté, avait gardé cette plante dans une des jardinières ornant sa terrasse. Même internet ne nous fut d'aucune utilité. Alors nous sommes retourné sur la terrasse.
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Le sujet de l'instant était un …
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Et puis comme çà au décours de la conversation, ma cousine me fit la remarque sur nom d'une autre plante de ses jardinières, dont elle trouvait qu'il ne lui convenait pas et qu'il était même moche. Coquelourde. Tel elle le connaissait, le nom de cette plante à la fleur d'un rouge carmin dont je connaissais une espèce de mon jardin. Je la connaissais comme n'étant pas native de la région sans en connaître le nom, mais dont je me demandais si il n'était pas un « genre d'œillet de quelque chose dans le genre » ou quelque chose comme çà. On fit retour sur internet pour confirmer la classification de la fleur en tant que de la famille œillet …
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Polygonum !
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Polygonum c'était un Polygonum ou plutôt une Renouée persicaire, appelée vulgairement Persicaria Maculosa. On ouvre une autre fenêtre d'internet et j'ai le privilège de montrer la plante.
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Retour, après un petit café et une petite discussion, sur le nom de coquelourde. Çà vous a comme un nom bournifland, un nom pas catholique. C'est un surnom, coquelourde, pas un nom. C'est comme une coque, mais une coque qui serait lourde. On ne peut pas laisser une plante porter un nom aussi dégradant, surtout quand on voit la tige duveteuse sortir d'une paire de feuilles veloutées.
On pourrait s'interroger alors sur le nom « d'Œillet Oreilles de lapin », çà serait beau çà : « œillet oreilles de lapin », çà vous a comme une douce ambiance craintive d'aube, lorsque les renards se couchent et que les rapaces diurnes prennent le relais.
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Gibelotte est le lapin que mes enfants ont apporté à la maison. Nous avons donc eu deux lapins, Terrine, une femelle, et un mâle, Gibelotte. J'ai toujours dit à mes enfants qu'il n'y-aurait aucun animal à la maison mais chacun sait ce que jamais peut vouloir dire. Le premier lapin qui franchit notre seuil a été baptisé « Terrine », hélas il ne fit pas de vieux os. Le sieur Gibelotte, très mâle et très entier, a des habitudes de lapin qui ne fait que dans sa caisse, déteste tout ce qui peut irriter ses moustaches, et est un coquin de lapin qui que quoi dont ou fait les conneries auxquelles on s'attend d'un lapin bien mûr pour son âge.
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Alors « Œillet de Gibelotte » çà vous a un de ces cachets …

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